[Ambassadeurs] Interview de Mathieu Maynadier

Guide de Haute Montagne originaire de Briançon, Mathieu Maynadier est surtout un passionné d’alpinisme et de voyages qui aime évoluer en montagne et pratiquer l’escalade sous toutes ses formes. Hyperactif et polyvalent, il a notamment réalisé en 2018 une expédition au Pakistan, qui a donné lieu au film The Pathan project. Dans cet interview, il vous en dit plus sur cette belle aventure et vous dévoile ses projets à venir !

La plupart de nos lecteurs savent qui tu es, mais pour les autres, peux-tu nous dire qui est Mathieu Maynadier en quelques mots ?

« J’habite à Briançon, je suis guide de haute montagne et à la base je faisais du ski alpinisme, je suis venu à la montagne comme ça. Je suis un pur produit de la Fédé car mes parents ne faisaient pas de montagne, mais du coup ils m’ont laissé beaucoup d’autonomie et j’ai pu partir en montagne seul très jeune. Un peu parce qu’ils ne se rendaient pas compte, dans le sens où moi je ne laisserais pas faire à mes enfants ce que je faisais à l’époque (rires).

Pour revenir à ma vie aujourd’hui, ma compagne est guide sur Chamonix donc en ce moment on vit un peu entre Briançon et là-bas. J’ai aussi exercé pendant 10 ans, mais depuis trois ans j’ai la chance de vivre en partie grâce à mes partenaires donc j’ai moins besoin de travailler comme guide, sauf pour la fédé, pour qui j’encadre les équipes nationales d’alpinisme. Mais ce que j’aime vraiment c’est faire des expéditions. Je n’ai pas la prétention de vouloir être le meilleur alpiniste du monde, par contre ce que j’adore c’est monter plein de projets différents, être polyvalent, varier aussi le style : parfois de la haute altitude, d’autres fois du très technique, du mixte… j’ai besoin de ça pour garder ma motivation. »

 

Qu’est-ce qui a motivé le choix du Pakistan et de cette vallée en particulier pour ce projet ?

« Cette vallée de Tagas est dans une région de l’Est du Pakistan qui s’appelle le Khondus et qui est fermée aux étrangers depuis 1980 à cause de tensions politiques entre le Pakistan et L’inde. Il y a presque 10 ans je suis tombé sur une photo d’une montagne dans ce coin-là, et j’ai commencé à faire des recherches sur cette région. Je me suis rendu compte qu’elle était très peu explorée mais qu’elle se réouvrait petit à petit, du coup j’ai tout fait pour pouvoir y rentrer, ça a commencé à marcher deux ans avant le projet où on a pu aller dans la vallée d’à côté, on à ensuite pu aller à Tagas. J’y ai été pas mal de fois et petit à petit la situation se détend et on nous autorise à aller de plus en plus loin dans le massif. C’est l’un des derniers endroits pas encore trop explorés, il reste encore beaucoup de montagnes vierges, c’est très peu visité. Du coup ça complique les choses, on a parfois fait des expéditions où on n’a pas pu atteindre les sommets, mais je commence à bien connaître la région et ça devient de plus en plus intéressant ! »

The Pathan Project - Crédit photo : JL Wertz
The Pathan Project - Crédit photo : JL Wertz

Qu’est-ce que ça fait de grimper une paroi jusqu’ici jamais gravie ?

« C’est super intéressant et excitant, mais il n’y a pas que ça ! Au-delà de la paroi, il y a le fait d’aller dans des endroits vraiment à part : là où on était ils n’avaient pas vu de touristes depuis 35 ans, les enfants n’avaient jamais vu d’européens et il y a peu d’endroits dans le monde comme ça, c’est hyper enrichissant, on a une position privilégiée. Le rapport aux gens est beaucoup plus sain que dans d’autres endroits où le tourisme est devenu omniprésent. Il n’y a presque plus d’endroits sur terre où tu peux vraiment vivre ça. Le fait d’y aller chaque année m’a aussi permis de commencer à créer des liens, voir l’évolution sur place. D’ailleurs j’aimerais beaucoup y aller l’hiver prochain pour y bosser, faire de la formation pour les aider à développer leurs activités. »

 

Quels sont les équipements indispensables auxquels on ne pense pas forcément pour ce type d’expédition ?

« Un crash pad ! Parce qu’on ne s’en rend pas compte mais quand on part pour de longues expéditions il y a beaucoup de temps morts, de grosses périodes de mauvais temps où on ne peut pas grimper en montagne. Du coup depuis quelques années on emmène un crash pad sur le camp de base et on fait du bloc, ça permet de maintenir la forme, garder la motivation. Parfois on peut rester bloqués trois semaines d’affilée, et ça permet vraiment de ne pas trop cogiter et combler l’attente. Ah, et on emmène aussi un gros jambon (rires). »

The Pathan Project Mathieu Maynadier- Crédit photo : JL Wertz
The Pathan Project - Crédit photo : JL Wertz

Même si vous avez fait le choix de ne pas exploiter cet axe dans le documentaire, ton accident du 7 août était assez grave. Comment se remet-on en selle après ce type d’expérience traumatisante ?

« On a choisi de ne pas en parler parce qu’on ne voulait pas tomber dans le mélodrame. On aurait pu pourtant, on savait qu’en le faisant ça nous aurait ouvert plein de portes, surtout au niveau du film pour communiquer aux Etats-Unis, mais on n’avait pas envie de ça. On a préféré tourner ça à la dérision qu’au drame.

Mais de mon côté ça a été compliqué, car je me suis totalement concentré sur le côté physique. Je me suis attelé à revenir physiquement, ça a pris un an mais ça a bien marché parce qu’en France on est bien suivi, j’ai été à Cap Breton où ils savent bien gérer ce genre de choses… Par contre pour le côté psychologique j’avais complètement zappé le truc dans le sens où comme je n’avais aucun souvenir de l’accident je me suis un peu réfugié derrière ça, en me disant que comme je ne m’en rappelais pas il n’y aurait pas de problème. Mais ça m’est retombé dessus quasi un an après, ça m’a rattrapé. Je ne m’en rendais pas compte mais j’ai été très secoué psychologiquement, à cause de ça j’ai eu du mal à récupérer physiquement mais je ne comprenais pas que ça venait de là, et donc il a fallu que j’accepte ça, que je freine un peu et que je revoie mes ambitions à la baisse. J’ai même dû annuler une expé au Pakistan et une autre en Patagonie, je m’accrochais beaucoup à ça pour me remettre en selle, mais j’ai dû annuler au dernier moment. J’ai dû prendre le temps plus que ce que j’imaginais, moi qui pensais que ça allait être plus dur physiquement, en fait c’est dans la tête que ça a été le plus compliqué, et j’ai commencé à être vraiment bien l’été dernier, donc plus d’un an après l’accident. Mais depuis le reste à suivi, j’ai plein de douleurs qui ont disparu et même si je suis un peu plus fébrile qu’avant ça va mieux. J’ai appris qu’avec la montagne, il faut se laisser le temps.

 

Si tu ne devais garder en mémoire qu’un seul souvenir de cette aventure, quel serait-il ?

« LE SOMMET ! Ce jour là on a vraiment eu la journée parfaite, avec une super météo. La descente n’était pas extrême, on savait où on allait, et souvent la descente c’est le plus dur, quand tu arrives au sommet d’une montagne c’est là que l’angoisse commence. Là on savait que ça allait bien dérouler du coup on a pu profiter comme rarement, on est restés presque une heure à contempler des montagnes vierges, tirer des plans sur la comète. Parfois le sommet ce n’est pas vraiment un moment de plaisir, c’est plus un moment d’angoisse, tu t’y accroches pendant la montée mais une fois que tu y arrives la descente te rattrape. Là c’était vraiment différent. Malheureusement c’est ce jour là que je me suis fait mal à la descente, mais ça reste vraiment le meilleur souvenir. »

 

Quels sont tes projets pour l’année à venir ?

« Pour 2020 je prévois deux grosses expéditions. D’abord au mois de Juin, on retourne au Pakistan mais pas dans la même zone, cette fois on va dans le Nord faire le Pumari Chhish, c’est un sommet à 6900m qu’on voudrait essayer en mixte. Après le gros projet de l’année sera à l’automne, on part avec une grosse équipe au Népal et on voudrait faire la toute première descente à ski d’un 8000M. C’est un des rares sommets de plus de 8000m qui n’a pas encore été skié, il n’y en a plus que trois et il en fait partie. A la base j’avais ce projet avec Aurélien Ducroz, mais entre temps il a eu des opportunités pour le bateau, du coup il s’est retiré donc on a finalement monté le projet avec Léo Slemett, champion du monde de freeride. On a des copains qui se sont ensuite greffés au projet, Mike Arnoldy, Mathéo Jacquemoud et Vivian Bruchez donc on est tous les cinq à partir. »

De beaux projets en vue pour notre ambassadeur Mathieu Maynadier, que nous suivrons de près pour vous les partager !

The Pathan Project Mathieu Maynadier- Crédit photo : Nicolas Favresse
The Pathan Project - Crédit photo : Nicolas Favresse

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